Des scientifiques ont mis au jour un problème caché au sein des cellules intestinales des personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Cette anomalie reste active même lorsque les patients se sentent en bonne santé. Cette découverte pourrait changer la manière dont les médecins suivent et traitent cette maladie.

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) constituent une affection chronique. Elles englobent la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse. Les MICI touchent le tube digestif. Parmi les symptômes courants, on peut citer les douleurs abdominales, la diarrhée, les saignements rectaux, la fatigue et la perte de poids.
L’évolution des MICI n’est pas régulière. Les patients alternent souvent entre des périodes de rémission et des poussées soudaines. Une poussée peut être grave. Elle nécessite parfois une prise en charge hospitalière. Les médecins ont du mal à prédire quand une poussée va se produire.
L’anomalie cachée découverte par les chercheurs
Une équipe de l’Institut Walter et Eliza Hall, en Australie, a étudié des tissus intestinaux provenant de patients atteints de MICI. Cette étude a été publiée dans la revue *Science*. Les chercheurs ont collaboré avec le Royal Melbourne Hospital dans le cadre de ce projet.
L’équipe a découvert un défaut moléculaire au sein des cellules intestinales. Ce défaut rend ces cellules sujettes à une mort cellulaire anormale. Ce processus se poursuit discrètement, même chez les patients qui se sentent bien. Les médecins pensaient auparavant que la mort cellulaire dans les MICI n’était qu’un effet secondaire de l’inflammation. Cette nouvelle découverte suggère le contraire. Le processus de mort cellulaire pourrait en réalité faire progresser la maladie.
Les chercheurs qualifient cette anomalie de « latente ». Cela signifie que le problème ne disparaît jamais complètement. Il reste présent à un faible niveau, même pendant la rémission. La rémission signifie qu’un patient ne présente aucun symptôme actif.
Déroulement de l’étude
L’équipe de recherche a prélevé environ 900 échantillons de tissus. Ces échantillons provenaient de 80 personnes. Certaines souffraient de MICI, d’autres non. Les chercheurs ont utilisé ces échantillons pour cultiver des organoïdes. Les organoïdes sont de petites répliques de tissu intestinal cultivées en laboratoire. Cette méthode a permis aux scientifiques d’étudier directement des cellules humaines, au lieu de s’appuyer sur des modèles animaux.
L’équipe a suivi les patients pendant plus de deux ans. Elle a mis en évidence une tendance claire : les patients présentant des niveaux plus élevés d’activité de mort cellulaire dans leur intestin étaient plus susceptibles de faire une rechute. Cette tendance se vérifiait même lorsque les patients ne présentaient aucun symptôme visible.
Le Dr André Samson, l’un des auteurs de l’étude, a expliqué l’importance de cette découverte. Il a indiqué qu’une fois qu’une personne a reçu un diagnostic de MICI, cette affection ne disparaîtra pas. Même les patients asymptomatiques présentent un risque caché de rechute. Leurs cellules intestinales restent prédisposées à subir des lésions.
Pourquoi cette découverte est-elle importante ?
Les traitements actuels des MICI visent principalement à réduire les symptômes lors d’une poussée. Cette nouvelle recherche met en avant une cible différente. Les médecins pourraient plutôt s’attacher à stopper le processus de mort cellulaire lui-même. Cette nouvelle approche pourrait aider les patients à rester en rémission pendant des périodes plus longues.
Cette anomalie apparaît dès les premiers stades de la maladie. Elle se manifeste avant même l’apparition des symptômes majeurs. Ce moment d’apparition signifie que des tests plus performants pourraient détecter les problèmes plus tôt. Une détection précoce permettrait aux médecins d’adapter le traitement avant qu’une poussée grave ne se déclenche.
Cette étude met également en évidence une lacune dans les traitements actuels. Les tests standard ne permettent souvent pas de détecter ce problème moléculaire. De nouveaux outils, plus sensibles, seraient nécessaires pour le repérer chez les patients ordinaires. Les chercheurs affirment que ces travaux jettent les bases de la mise au point de tels outils.
Prochaines étapes
Ces résultats ne déboucheront pas immédiatement sur la mise au point d’un nouveau test ou d’un nouveau médicament. Les chercheurs décrivent cette étude comme une première étape. Les scientifiques doivent encore déterminer quelles parties de cette anomalie peuvent être ciblées par un traitement.
Le Dr Aysha Al-Ani, une autre autrice de l’étude, a déclaré que ces résultats ouvraient la voie à de meilleurs outils de prédiction. Elle a expliqué que la prise en charge des MICI visait à réduire la fréquence et la gravité des poussées. Une détection moléculaire plus précise pourrait aider les patients à rester en rémission profonde et déboucher sur de nouvelles options thérapeutiques.
Les MICI touchent environ 180 000 personnes rien qu’en Australie. Des millions de personnes vivent avec cette maladie dans le monde entier. Une meilleure compréhension de ses mécanismes cachés pourrait améliorer la vie de nombreux patients. Elle pourrait également réduire le nombre de visites aux urgences causées par des poussées soudaines.
Source d’information
- Des chercheurs identifient des signes avant-coureurs moléculaires précoces des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin — EurekAlert !, communiqué de presse de l’Institut Walter et Eliza Hall
- Une anomalie intestinale cachée pourrait expliquer pourquoi les MICI reviennent sans cesse — ScienceDaily
- Des signes avant-coureurs de poussées de MICI identifiés dans le tissu intestinal — Technology Networks
- Une étude révèle que même les patients atteints de MICI ne présentant aucun symptôme ont des cellules intestinales prêtes à subir des lésions — Medical Xpress
- Des chercheurs identifient des signes moléculaires précurseurs des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin — Open Access Government
- Un axe de signalisation passant de la nécroptose à l’apoptose est à l’origine des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin — Étude originale, publiée dans la revue Science (DOI : 10.1126/science.aeh7112)

















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